Une fuite relayée sur les réseaux sociaux ravive la défiance autour de la Haute cour constitutionnelle. Un document partagé sur Facebook fait état de primes attribuées au président de l’institution, à ses membres, aux trois anciens hauts-conseillers, ainsi qu’au secrétaire général et au greffier en chef.

« Il est attribué une prime au président, aux membres de la Haute cour constitutionnelle, aux trois anciens hauts-conseillers, au secrétaire général et au greffier en chef », peut-on lire dans un document qui a fuité sur Facebook ce 2 janvier. Le montant total évoqué atteint 615 000 000 d’ariary, dont 100 000 000 pour le président et 50 000 000 pour chacun des hauts-conseillers, y compris les trois anciens membres ayant démissionné au mois de décembre.

La diffusion de ce document a immédiatement suscité une vague de réactions, tant par l’ampleur des sommes que par le contexte politique actuel. Le ministère de l’Économie et des finances a réagi par communiqué en précisant que, par délibération du 24 décembre 2025, la HCC avait fixé en interne le montant et la répartition de cette prime. Toutefois, les crédits disponibles au budget général alloué à la HCC ne permettaient pas de couvrir cette dépense dans le cadre budgétaire en vigueur.

Selon le ministère, cette délibération relève de l’exercice budgétaire 2025 lié à la loi de finances correspondante et ne constitue pas une initiative de l’actuelle équipe gouvernementale. L’absence d’engagement financier s’expliquerait par des contraintes d’exécution budgétaire et par le respect des principes de bonne gestion des finances publiques.

Légitimité

Au-delà des précisions techniques, c’est surtout le timing de cette décision qui interroge alors que la légitimité de plusieurs institutions issues de l’ancien régime reste fortement contestée, à commencer par la HCC, la Commission électorale nationale indépendante et l’Assemblée nationale. Depuis les événements politiques récents, la société civile et les leaders des mouvements de contestation remettent en cause le maintien de ces institutions, jugées à la fois budgétivores et politiquement illégitimes dans le cadre d’une refondation. Les critiques se sont cristallisées au fil des dernières années, notamment lors des échéances électorales. La validation de la candidature de l’ancien président Andry Rajoelina malgré sa double nationalité demeure un point de rupture majeur pour une partie de l’opinion. À cela s’ajoute une défiance persistante vis-à-vis de l’organisation des élections et du rôle joué par les institutions chargées de les encadrer.

Lors de la prestation de serment du colonel Michael Randrianirina, les propos d’Alban Rakotoarisoa, l’un des leaders des mouvements de contestation et figure de la manifestation du 25 septembre, en disent long sur cette fracture. En déclarant qu’il pardonne mais n’oublie pas à propos de la HCC et de la CENI, il a exprimé un ressentiment toujours vivace au sein d’une partie des acteurs du mouvement.

Malgré ces voix dissonantes, la classe politique dirigeante semble avoir fait le choix de la continuité institutionnelle. Le remplacement récent de trois membres de la HCC, ainsi que la nomination antérieure de Thierry Rakotonarivo à la tête de la CENI, donnent le sentiment d’un passage en force, sans véritable prise en compte du climat de défiance.

Dans ce contexte, la polémique autour de ces primes dépasse largement la question financière. Elle met en lumière un malaise plus profond, lié à la refondation annoncée et aux attentes des acteurs ayant contribué à l’éviction de l’ancien président. Jusqu’où cette refondation peut-elle aller sans rupture réelle avec les institutions contestées. Et comment expliquer la fuite d’un document interne aussi sensible à un moment politiquement … inflammable.

Tolotra Andrianalizah