Les concertations engagées sans cadre préalable entretiennent le flou autour de la refondation et alimentent la méfiance de la société civile autour de la conduite de la transition.

Deux mois après la mise en place du gouvernement de transition, le mot « refondation » continue de circuler dans les discours officiels, mais son contenu demeure insaisissable pour une partie des acteurs qui ont contribué à la chute de l’ancien régime. La société civile et une frange de la jeunesse mobilisée lors du mouvement restent dans l’attente d’un signal politique fort, celui de l’adoption d’une feuille de route claire pour encadrer la transition.

Depuis les premiers jours ayant suivi l’éviction du président Andry Rajoelina, la demande est pourtant constante notamment de la part de la société civile qui estime qu’avant toute concertation, avant toute réforme, il faudrait un cadre matérialisé par une feuille de route. Selon elle, cette feuille de route devrait être issue d’une concertation préalable, inclusive, engageante, permettant de définir les règles du jeu, le calendrier, les responsabilités et les garanties. Mais à ce stade, cet appel semble rester lettre morte.

Les dernières prises de parole de l’exécutif n’ont fait que renforcer cette situation. Lors de son allocution de vœux pour la nouvelle année, le président de la Refondation de la République, le colonel Michael Randrianirina, n’a fait aucune référence à cette exigence centrale portée par la société civile. Même constat du côté du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo. Invité d’une émission spéciale, le chef du gouvernement a développé la politique générale de l’Etat conçu sur un horizon de vingt-quatre mois devant aboutir à l’installation d’un nouveau gouvernement issu des urnes. Mais là encore, aucune annonce sur le cadre politique censé structurer cette transition. Il a toutefois affirmé son intention de ne pas se porter candidat aux prochaines élections, au nom de l’équité du processus. Une position qui rejoint d’ailleurs l’un des principes défendus par les promoteurs d’une feuille de route de la transition.

Légitimité

Dans le même temps, le ministère d’État en charge de la Refondation a lancé des consultations régionales, présentées par Herintsalama Rajaonarivelo comme l’expression d’une « démocratie populaire » fondée sur le respect des idées de chacun. Une démarche que le gouvernement met en avant, mais qui, aux yeux de la société civile, inverse l’ordre des priorités. Pour ces acteurs, la concertation ne peut un fois de plus être crédible sans un cadre préalablement défini. Le risque, selon eux, est de voir la transition se dérouler selon des choix unilatéraux.

L’Observatoire des élections Safidy a récemment ravivé le débat en exprimant ses inquiétudes sur l’issue de la transition dans le schéma actuel. L’organisation pointe notamment le maintien de la Commission électorale nationale indépendante et de la Haute Cour constitutionnelle, malgré de nouvelles nominations, alors même que leur légitimité et leur crédibilité pour conduire des réformes électorales sont contestées. Dans ce contexte, Safidy réitère l’appel à une concertation préalable inclusive, en vue de l’adoption d’une feuille de route « juridiquement et politiquement » sécurisante pour l’ensemble du processus.

Pour Ony Radert, membre de la société civile, le problème est plus fondamental encore. « C’est comme si le gouvernement actuel oublie qu’il n’est pas issu d’une élection », lance-t-elle. Pour elle, sans concertation préalable avec les forces vives sur la manière de conduire la transition, la légitimité reste fragile. « Persister dans cette voie reviendrait à répéter les erreurs des transitions passées, qui n’ont pas toujours produit les résultats espérés pour le pays », conclut-elle.

Tolotra Andrianalizah