En qualifiant le régime en place d’intérimaire, le président de l’Assemblée nationale recentre la refondation dans le cadre institutionnel existant, ravivant ainsi le débat sur le rôle des acteurs non politiques dans le processus.
« Nous ne sommes pas encore en transition », avait glissé le ministre Gascar Fenosoa Mandrindrarivony à la société civile lors du lancement de la concertation nationale au Centre de conférence internationale d’Ivato. Des représentants de la société civile avaient alors brandi une banderole réclamant l’élaboration préalable d’une feuille de route de la transition, estimant qu’aucune concertation ne pouvait se tenir sans cadre clairement défini. Lors d’une émission spéciale, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, s’est montré plus catégorique, affirmant que le régime actuel n’est nullement transitoire, mais strictement intérimaire.
Selon lui, toutes les institutions de la République sont en place, contrairement aux périodes de rupture qu’a déjà connues le pays. « Nous ne sommes pas en transition. Pour preuve, les partenaires techniques et financiers du pays sont toujours à nos côtés », a-t-il lancé. S’alignant sur les éléments de langage de la Refondation, le président de l’Assemblée nationale est revenu sur les péripéties ayant conduit Michael Randrianiriana à Iavoloha, insistant sur le fait que la Constitution a été respectée, a-t-il martelé.
Cette prise de position semble couper court aux revendications de la société civile et d’une partie de la jeunesse, qui avaient appelé, à la suite de la chute de l’ancien régime, à la mise en place d’une feuille de route de transition. Siteny Randrianasoloniaiko confirme toutefois que l’issue de cette période intérimaire sera l’adoption d’une nouvelle Constitution, la refonte de la liste électorale, l’actualisation des textes y afférents, puis l’organisation d’une élection présidentielle. Autrement dit, la concertation nationale autour de ces questions se déroulera dans le cadre institutionnel actuel.
Pour la société civile, la question de la légitimité demeure centrale, dans la mesure où le pouvoir en place n’est pas issu d’une élection, mais d’un mouvement populaire dont les acteurs non politiques semblent avoir été écartés du processus décisionnel. C’est précisément pour cette raison qu’elle réclame depuis le départ une feuille de route de transition, remettant au passage en cause la pertinence du maintien des institutions actuelles. Des institutions qui participeront néanmoins, d’une manière ou d’une autre, à la concertation annoncée.
Interrogé sur la question de la jeunesse, le président de l’Assemblée nationale s’est limité à énumérer des réalisations en lien avec ses revendications, sans évoquer une participation des jeunes au processus en cours. Les politiques ont plus que jamais la mainmise sur … l’intérim.
Tolotra Andrianalizah


