Comment rapprocher les citoyens des services publics qui les concernent au quotidien ? Dans le cadre du projet Manehoa financé par l’Union européenne, Sioka a réuni le 30 juillet habitants et responsables de santé autour d’un exercice inédit de redevabilité. Le temps d’une matinée, des habitants du fokontany Madera Namontana ont quitté leur rôle de simples usagers pour devenir des interlocuteurs à part entière des responsables de leur centre de santé.
Les premiers habitants arrivent peu avant 9 heures. Dans la grande salle du Laboratoire d’innovation sociale, au sein du Centre de santé de base et de maternité de Namontana, les chaises se remplissent progressivement. Pères et mères de famille, personnes âgées et jeunes prennent place. Ce jeudi 30 juillet, chacun est venu pour comprendre pourquoi le centre de santé du quartier est relativement peu fréquenté et, surtout, en parler ouvertement. Face aux habitants du fokontany Madera Namontana, la directrice de la santé publique de la Commune urbaine d’Antananarivo Dr Prisca Andriantseheno, le médecin-chef du centre Dr Tahiriniaina Ramaroson et le directeur technique de l’Action Santé-Organisation Secours (ASOS) Dr Emile Raherimanana. Baptisé Siokan’ny Tanàna, cet événement n’a pas pour vocation d’être une simple conférence. Il se veut un véritable exercice de redevabilité où les usagers interrogent directement les responsables du service de santé publique.
Avant même les premières prises de parole, les habitants donnent le ton. Des extraits sonores recueillis quelques jours plus tôt sont diffusés dans la salle. Les témoignages se ressemblent. Beaucoup disent éviter le CSB. Le manque de médicaments revient de manière récurrente. D’autres évoquent leurs doutes sur le fonctionnement du centre ou d’autres raisons qui les poussent à consulter ailleurs.
Face à ces remarques, les responsables répondent sans intermédiaire. La directrice de la santé publique explique que le centre de Namontana relève de la Commune urbaine d’Antananarivo, contrairement à la majorité des CSB gérés par le ministère de la Santé publique. Elle reconnaît les difficultés d’approvisionnement et assure que la commune travaille à améliorer la prise en charge des patients. Le médecin-chef du centre indique de son côté travailler avec les moyens du bord et invite les habitants à venir lui parler directement d’éventuels problèmes à l’avenir. Il rappelle également que le CSB dispose d’atouts importants, notamment d’une maternité, d’infrastructures adaptées, d’un médecin spécialiste du diabète et d’un neuro-psychomotricien.
À mesure que les échanges avancent, les questions laissent place aux explications. Les habitants découvrent les contraintes auxquelles le centre est confronté. Les responsables, eux, entendent sans détours les frustrations de ceux qu’ils sont censés servir et identifient des pistes d’amélioration. Représentant la société civile, le Dr Emile Raherimanana pour sa part rappelle que la qualité des services de santé dépend des moyens financiers consacrés au secteur. Il profite de l’occasion pour rappeler l’importance de la santé de proximité dans le secteur.
Le délégué au maire du 4ᵉ arrondissement, Solofoniaina Ramahandrimanana, revient sur la création du centre il y a plus de vingt ans. Il dit son regret de voir une partie des habitants délaisser une structure pourtant implantée au cœur du quartier. Il les invite ainsi à faire confiance au centre, estimant que leurs retours contribueront à améliorer la qualité des services.
Les échanges se prolongent pendant près d’une heure et demie. Au moment où la salle se vide, les discussions continuent encore devant le centre de santé. Les ruptures de médicaments n’ont pas disparu et les difficultés demeurent mais citoyens et responsables auront partagé le même espace, échangé sur les mêmes préoccupations et entendu les réponses de chacun. La CUA a positivement accueilli l’initiative de Sioka. « Nous avons réellement besoin de cela », a confié la secrétaire générale Bao Razafimahefa quelques jours avant l’évènement.
En mettant en place ce dialogue direct, Sioka, dans le cadre du projet Manehoa financé par l’Union européenne, montre que la redevabilité ne se résume pas à des chiffres ou à des rapports. Elle prend tout son sens lorsque ceux qui utilisent un service public peuvent interpeller ceux qui le gèrent, et repartir avec le sentiment d’avoir été écoutés. Cette première édition à Namontana marque le début d’une série de Siokan’ny Tanàna que l’organisation entend déployer autour d’autres enjeux et dans d’autres localités.
Tolotra Andrianalizah


