Une étape a été franchie dans le dossier de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), avec l’adoption par le Sénat américain de la prolongation de l’accord, en attendant le vote de la Chambre des représentants. Au-delà de la prolongation elle-même, le maintien en l’état du mécanisme Third country fabric dans le texte adopté par les sénateurs américains constitue une source de soulagement supplémentaire pour les exportateurs textiles malgaches. Mais cette dépendance aux tissus importés interroge aussi sur l’état de la filière textile et, plus largement, sur le niveau d’intégration de l’industrie malgache.

En 2024, un an avant l’expiration de l’AGOA, un patron membre du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) évoquait déjà le mécanisme Third country fabric (TFC), la clause dite du « pays tiers ». Cette disposition permet aux entreprises textiles bénéficiaires de l’AGOA d’utiliser des tissus importés de pays ne bénéficiant pas de l’accord, notamment de pays asiatiques.

Les pays africains bénéficiaires de l’AGOA ont largement eu recours à cette dérogation pour développer leur industrie de la confection, à l’image du Kenya et de Madagascar. Au moment des négociations sur le renouvellement de l’accord, la perspective d’une suppression du TFC constituait ainsi l’une des principales inquiétudes des industriels du textile, presque au même titre que la prolongation de l’AGOA elle-même. « Cela serait problématique dans la mesure où les entreprises qui exportent aux États-Unis importent leurs tissus essentiellement de Chine », expliquait alors notre interlocuteur.

Filière bancale

Le 7 août 2026, le Sénat américain adopte la prolongation de l’AGOA sans modifier les conditions actuelles du TFC. Soulagement, donc, même si le texte doit encore être examiné par la Chambre des représentants au début du mois de septembre. Quoi qu’il en soit, cette frilosité sur l’approvisionnement en tissu en dit long sur une filière qui est finalement bancale. Les exportations textiles vers le marché américain ont certes fortement progressé grâce à l’AGOA, les États-Unis étant devenus le premier débouché du textile malgache. Mais le recours au TFC a également contribué à orienter les investissements principalement vers la confection, au détriment d’un maillon essentiel de la chaîne textile qu’est la production de tissus.

Autrement dit, Madagascar a développé sa capacité à confectionner des vêtements destinés à l’exportation sans parvenir, dans le même temps, à construire une chaîne textile suffisamment intégrée. La filature, le tissage et la production de tissus restent largement dépendants de l’extérieur. Notre interlocuteur déplorait d’ailleurs l’absence d’une véritable politique sectorielle permettant de développer ces activités en amont de la confection.

La prolongation de l’AGOA jusqu’en décembre 2028 offre désormais à Madagascar, comme aux autres pays éligibles, un délai supplémentaire pour revoir sa stratégie. Pour la Grande Île, l’enjeu ne serait plus seulement de profiter des préférences commerciales américaines, mais de développer une chaîne textile locale complète, de la filature à la confection. Une telle intégration permettrait au pays de mieux maîtriser la valeur ajoutée de la filière et de réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Reste une question centrale. Dans le contexte actuel, les conditions sont-elles réunies pour attirer les investissements nécessaires ? Un autre industriel se montre pessimiste. « Personne ne se risquerait à investir », estime-t-il, une remarque qui dépasse largement le seul secteur textile et renvoie, plus généralement, aux difficultés auxquelles fait face l’industrie malgache.

Tolotra Andrianalizah