Le lancement officiel des assises pour la relance économique s’est tenu hier au Centre de conférence international d’Ivato. Au cœur des prises de parole, un mot est revenu avec insistance, aussi bien du côté du gouvernement que du secteur privé, la confiance.

Le constat est partagé. La relance économique ne peut se faire sans le secteur privé, moteur de la création de richesses et d’emplois. Pourtant, ces dernières années, les entreprises malgaches ont avancé à contre-courant, souvent livrées à elles-mêmes. Entre manque d’infrastructures, insécurité juridique et défaillances de gouvernance, le climat des affaires reste difficile. « Les entrepreneurs malgaches subissent. Certaines entreprises tentent de perdurer en s’adaptant tant bien que mal, d’autres s’affaiblissent, tandis que de nombreuses petites et moyennes entreprises mettent la clé sous la porte ou basculent dans l’informel« . Le président du Groupement des entreprises de Madagascar, Francis Rabarijohn, rappelle lors de la cérémonie l’ampleur des difficultés auxquelles fait face le secteur privé, insistant notamment sur la nécessité d’une meilleure gouvernance et d’une application effective de l’État de droit.

Dans ce contexte, l’enthousiasme du secteur privé reste contenu. Les revendications exprimées lors de ces assises ne sont pas nouvelles. Elles portent, une fois encore, sur l’amélioration du climat des affaires, la sécurité juridique, la fiscalité, l’accès aux infrastructures et un dialogue public-privé réellement opérationnel. La question centrale demeure celle de leur traduction concrète avec l’actuel gouvernement.

Pour le président du Syndicat des industries de Madagascar Tiana Rasamimanana, une compréhension des problèmes semble exister du côté des autorités. Le secteur privé attend désormais des réponses claires, formalisées dans « une feuille de route commune« . Dans ce sens, la nomination du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, issu du secteur privé, suscite un certain espoir. Un signal perçu positivement par une partie des acteurs économiques, sans pour autant dissiper la prudence ambiante.

Même son de cloche du côté du Jeune Patronat malgache. Sa présidente, Lilia Randriamifidimanana, rappelle que les dialogues public-privé se sont multipliés par le passé, sans que les revendications du secteur privé ne soient réellement prises en compte. Elle souligne toutefois un changement de ton. Le secteur privé se sent davantage écouté, du moins dans les discours, avec une volonté affichée d’accorder plus d’importance aux entrepreneurs et aux jeunes. “Les discussions débutent à peine et il est encore trop tôt pour se prononcer”, indique-t-elle.

Inflexion

Le gouvernement, de son côté, insiste sur la nécessité de rebâtir la confiance. Le ministre de l’Économie et des Finances, Hery Ramiarison, affirme que l’État entend accompagner le secteur privé pour lui permettre d’exprimer pleinement son potentiel. Plus qu’un simple plan de relance, il évoque la mise en place d’un pacte pour la relance, qui devrait émerger de ces assises. Un pacte fondé sur des engagements réciproques, avec des indicateurs précis pour mesurer l’impact du soutien de l’État, notamment en termes de productivité.

Cette approche axée sur les résultats marque une inflexion dans le discours officiel. Reste à savoir si elle se traduira dans les faits. Longtemps échaudé par des promesses non tenues, le secteur privé avance avec prudence. Les attentes sont fortes, mais les revendications, elles, restent inchangées depuis plusieurs années.

Tolotra Andrianalizah