Un an après l’instauration de la « vérité des prix » sur les carburants, le bilan apparaît étroitement lié à un environnement international favorable. La stabilité observée sur l’essence et le gasoil ne relève pas uniquement du mécanisme d’ajustement automatique, mais aussi d’une conjoncture mondiale qui a offert au gouvernement une marge de manœuvre inédite.
L’année 2025 a été marquée par une tendance baissière des cours du pétrole sur le marché international. Le baril s’est stabilisé autour de 60 dollars, contre plus de 70 dollars en 2024. Cette détente des prix s’explique par une offre abondante et un climat d’incertitudes géopolitiques pesant sur la demande mondiale.
Dans ce contexte, l’application de la vérité des prix a été moins brutale que redouté. Les ajustements mensuels, plafonnés à 200 ariary, ont permis d’absorber les fluctuations sans choc majeur pour les consommateurs. Sur un glissement annuel, les prix à la pompe traduisent cette conjoncture favorable. L’essence, qui culminait à 5 900 ariary en janvier 2025, s’échange à 5 100 ariary en février 2026 après une année de corrections progressives. Le gasoil affiche une quasi-stabilité avec 4 890 ariary il y a un an contre 4 860 ariary aujourd’hui malgré une période haussière au milieu de l’année 2025 au terme de laquelle il a franchi la barre des 5 000 ariary (mai-juin), le litre s’échangeant jusqu’à 5 170 ariary. Depuis, le prix a baissé jusqu’au mois de novembre, 4 550 ariary, avant de connaitre trois hausses successives pour le prix affiché actuellement de 4 890 ariary.
Quoi qu’il en soit, ces niveaux, proches de ceux observés avant la réforme, contrastent avec les scénarios de flambée anticipés lors de l’annonce de la vérité des prix. La dynamique internationale a ainsi amorti l’impact de la libéralisation tarifaire.
Ce répit a également permis au gouvernement d’assainir la situation financière du secteur. La détente des prix internationaux a offert un espace budgétaire pour apurer les dettes envers les compagnies de distribution, longtemps considérées comme un frein structurel, comme l’a indiqué le ministre de l’Energie et des hydrocarbures Jurice Ralitera à la TVM il y a une semaine.
Seul le pétrole lampant échappe à cette stabilité. Son prix passe de 2 430 ariary en janvier 2025 à 3 710 ariary en février 2026. Cette hausse n’est pas liée au marché international mais à une décision politique qui est la suppression des subventions au profit d’énergies alternatives. Le gouvernement a misé parallèlement sur le déploiement de kits solaires pour réduire la dépendance des ménages à ce combustible encore largement utilisé pour l’éclairage.
2026 sous surveillance
Les perspectives pour 2026 restent conditionnées à l’évolution du marché mondial. L’offre demeure abondante et la croissance mondiale ralentit, deux facteurs qui plaident pour une stabilité des cours à un niveau relativement bas. Les décisions de l’OPEP+ seront déterminantes. Début 2026, le cartel a suspendu toute hausse de production afin d’éviter un déséquilibre durable entre l’offre et la demande après une année 2025 marquée par des hausses successives des quotas de production.
Un an après son lancement, la vérité des prix apparaît ainsi comme une réforme portée par une conjoncture favorable. La question reste désormais de savoir si ce modèle résistera à un retournement du marché pétrolier international.
Tolotra Andrianalizah


