La poignée de main au Kremlin dépasse le simple protocole. Elle s’inscrit dans le jeu d’équilibre actuel de Madagascar entre les grandes puissances.
C’est la photo du jour. Le président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina, tout sourire, serrant la main du président russe Vladimir Poutine au Kremlin.
Il faut remonter à 1978 pour voir une rencontre entre un président malgache et un dirigeant soviétique dans le cadre d’une invitation bilatérale. À l’époque, Didier Ratsiraka a été reçu par Leonid Brejnev, scellant ainsi le choix idéologique de Madagascar dans un contexte de guerre froide.
L’ancien président Andry Rajoelina a toutefois rencontré Vladimir Poutine en octobre 2019, mais cela s’est déroulé à l’occasion du premier Sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi. Andry Rajoelina faisait partie des 43 chefs d’État africains présents à ce sommet. L’ancien président Hery Rajaonarimampianina, pour sa part, s’est rendu à Moscou en mars 2018 à l’occasion d’un forum économique, sans qu’un tête-à-tête officiel avec son homologue russe n’ait eu lieu.
La visite du président de la Refondation, Michael Randrianirina, revêt une forte portée symbolique. Toutefois, contrairement à Didier Ratsiraka en 1978, la partie malgache indique que cela s’inscrit dans la volonté du pays de s’ouvrir à d’autres partenaires internationaux.
« Madagascar est un partenaire important en Afrique », souligne Vladimir Poutine, qui rappelle que les deux pays fêteront les 55 années de leur relation diplomatique en 2027. Ces 55 ans ont été rythmés par la géopolitique. Pour rappel, la relation entre les deux pays a commencé dans le sillage d’une diplomatie malgache, bien que non-alignée, marquée par une certaine proximité avec l’URSS. Une relation qui s’est ralentie après l’effondrement du bloc soviétique en 1991, y compris après le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir.
Equilibriste
La rencontre entre Andry Rajoelina et Vladimir Poutine en 2019 est intervenue dans le contexte du retour stratégique de la Russie en Afrique, où le géant slave a amorcé une opération de reconquête d’influence sur le continent. Cette reconquête s’inscrit dans une dégradation progressive des relations entre Moscou et l’Occident depuis le milieu des années 2000, accélérée en 2014 avec l’annexion de la Crimée et en 2022 avec la guerre en Ukraine — qualifiée d’invasion par les pays occidentaux, d’opération militaire spéciale par le Kremlin.
Engagée dans une confrontation durable avec notamment les États-Unis et l’Union européenne, la Russie voit entre autres dans les pays africains de potentiels soutiens diplomatiques, à l’image des différents votes à l’ONU où bon nombre de pays africains, dont Madagascar, ont souvent adopté des positions nuancées sur les résolutions condamnant Moscou.
À son départ à Ivato, le colonel Michael Randrianirina a martelé qu’il ne s’agit pas de choisir entre un partenaire ou un autre, prônant une posture tous azimuts. « Nous pouvons nouer des partenariats avec tout État que nous estimons susceptible d’apporter des bénéfices au peuple malgache », lançait-il.
Un numéro d’équilibriste, donc, alors que la France rappelle, le jour de la rencontre à Moscou, qu’elle reste le premier partenaire du pays au-delà des cycles politiques, sur le plan économique et commercial, sur le front du développement et sur le plan culturel. Le président de la Refondation devrait d’ailleurs se rendre en France après son périple moscovite, où une éventuelle rencontre avec le président français Emmanuel Macron est évoquée par le média Africa Intelligence.
Tolotra Andrianalizah


