La réaction d’une partie des jeunes qui ont participé au mouvement du 25 septembre était attendue après la remise du « programme de la Refondation » à la SADC par le président de la Refondation. Leur message est sans équivoque. Ils se sentent trahis par la tournure prise par le processus.
Une partie des jeunes du mouvement du 25 septembre ont tenu une conférence de presse pour apporter leur perception de la Refondation menée par le colonel Michael Randrianirina. En première ligne lors du soulèvement, ces jeunes estiment que l’esprit initial du mouvement est en train d’être dévoyé. Selon eux, les raisons profondes de la mobilisation à savoir la dénonciation de la corruption et surtout la rupture systémique ne sont pas prises en compte.
Ils dénoncent ce qu’ils qualifient de « confiscation du mouvement » par les tenants actuels du pouvoir. « On nous utilise pour neutraliser la contestation », affirment-ils, accusant les dirigeants de ne pas écouter la voix de ceux qui ont manifesté. Plus sévères encore, ils évoquent désormais une « refozation » (en référence au surnom « foza » donné à l’ancien régime) plutôt qu’une refondation, pour dénoncer une présence qu’ils estiment persistante de figures proches de l’ancien régime à différents échelons du pouvoir, depuis les fokontany jusqu’aux sphères nationales. Pour ces jeunes, cette continuité traduit l’absence d’une volonté réelle de rupture et s’apparente à une tentative de recomposition politique autour d’anciens réseaux, transformés en nouvelle base de soutien. Une stratégie qui, selon eux, va à l’encontre des aspirations exprimées dans la rue.
Dissolution des institutions
Dans cette logique, ces jeunes réclament la dissolution immédiate de l’Assemblée nationale, la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) et la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), trois institutions qu’ils jugent incompatibles avec une véritable refondation. À leurs yeux, ces institutions constituent des « obstacles », participant à la continuité d’un régime qui, selon eux, servirait à blanchir des personnalités impliquées dans des affaires de corruption, de détournement de fonds ou de trafic.
Ces manifestants interpellent directement le colonel Michael Randrianirina, l’appelant à « prendre ses responsabilités » face à ces revendications. Ils rappellent que le mouvement avait exigé un changement radical du système et non un maquillage politique. « Nous n’accepterons pas la confiscation du mouvement », martèlent-ils, affirmant que la lutte se poursuivra tant que les aspirations populaires ne seront pas réellement prises en considération.
Ces jeunes ont été reçus par la mission de la SADC quelques jours après la remise officielle du programme de la Refondation, une Refondation dont la conduite divise depuis le début. D’un côté, une frange des militants plaide pour une ouverture réelle, inclusive et transparente. De l’autre, les tenants du pouvoir sont accusés de vouloir garder la main sur l’ensemble des leviers décisionnels. Les premières tensions sont apparues dès la formation du gouvernement et la question du maintien des anciennes institutions est devenue récurrente. Si le programme présenté prévoit la concertation nationale, le pouvoir devra lever les soupçons et clarifier ses intentions d’ici son ouverture effective. La crédibilité de la Refondation se jouera ainsi autant dans les textes que dans sa capacité à embarquer, sans exclusion, ceux qui ont porté le mouvement.
Tolotra Andrianalizah


