On prend les mêmes revendications, les mêmes acteurs, et on recommence. 10 décembre 2025, les jeunes du mouvement Gen Z et la société civile ont « exhorté » le président de la Refondation de la République à élaborer une charte pour encadrer la transition. 28 avril 2026, soit quatre mois plus tard, ils « insistent » sur cette charte de la transition. Entre-temps, les manifestations ont repris, des jeunes ont été arrêtés …
« Ils ne nous écoutent pas », résume Elliot Randriamandrato, une figure du mouvement Gen Z. Face au maintien des institutions dont ils ont maintes fois réclamé la dissolution, des jeunes du mouvement Gen Z ont une nouvelle fois uni leur voix à celle de la société civile pour exiger une avancée concrète de la refondation. L’immobilisme sur ce front a jeté des jeunes dans la rue pour revendiquer la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la Haute cour constitutionnelle (HCC) et l’Assemblée nationale il y a quelques semaines. Cela s’est soldé par une série d’arrestations dans les rangs des leaders dont Herizo Andriamanantena. Ces revendications ne sont pas nouvelles. La société civile a également réclamé la dissolution de ces institutions et l’entrée du pays dans la transition, un mot que l’exécutif semble éviter jusqu’ici. C’est dans ce contexte que les deux parties ont tenu une conférence de presse conjointe avec le même message pour le président de la Refondation : l’élaboration de la « Charte de la transition pour la Refondation ».
Pour les jeunes et la société civile, cette charte enclenchera notamment le remplacement entre autres de la CENI, de la HCC et de l’Assemblée nationale qu’ils estiment constituer un blocage au processus de la refondation. Cette charte serait issue d’une pré-concertation inclusive pour définir une feuille de route claire, peut-on lire dans leur communiqué. Harijaona Andriamoraniaina, le coordonnateur du mouvement de la société civile Rohy indique que des scénarios ont déjà été proposés pour mener cette pré-concertation qui devrait prendre entre une semaine et un mois et demi. Dans ce sens, il souligne que leur partie est toujours prête à une discussion franche avec le régime en place. « Pour le moment, nous avons eu des semblants de pourparlers avec les dirigeants. Un réel dialogue montrerait une volonté politique de rupture avec les anciennes pratiques », indique pour sa part Miharisoa Luc Rakotondravelo, un autre jeune du mouvement Gen Z.
30% de jeunes
Le premier ministre Mamitiana Rajaonarison avait invité les jeunes à Mahazoarivo la semaine dernière en soulignant qu’il n’y a aucun problème que le dialogue ne pourrait résoudre. Seulement les jeunes veulent du concret. Il y a un fossé entre les intentions et la réalité déplore Mahery Gilbert Andriandraina, jeune juriste de la société civile. « Nous ne voulons pas un ou deux jeunes dans une structure mais une structure pour accueillir les jeunes », lance-t-il en indiquant que les jeunes devraient légitimement prendre part au processus de la refondation.
Dans ce sens, les jeunes et la société civile demandent l’implication effective des jeunes avec au moins 30% de représentants dans les structures et instances décisionnelles de la transition à l’image de l’Assemblée constituante de la transition pour la refondation, appelée à remplacer l’Assemblée nationale. Six mois après la chute d’Andry Rajoelina, le sentiment d’avoir été floué par les politiques notamment les députés s’intensifie.
En toile de fond, l’arrêt des intimidations et des arrestations est également revendiqué avec insistance. Pour les jeunes et la société civile, aucun dialogue crédible ne pourra s’installer tant que la contestation sera traitée sur le terrain sécuritaire plutôt que politique, une logique qu’ils attribuent aux pratiques de l’ancien régime.
Tolotra Andrianalizah


