Éviter une crise sociale en maîtrisant l’inflation. Voilà l’orientation des autorités malgaches qui maintiennent les prix à la pompe malgré les engagements pris avec le FMI, tandis que la Banky Foiben’i Madagasikara durcit sa politique monétaire avec une hausse du taux directeur. Des décisions qui pourraient toutefois peser sur la dynamique actuelle de l’économie.
Face à une remontée de l’inflation, les autorités malgaches jouent sur les leviers à sa disposition pour éviter une dégradation de la situation économique. D’un côté, le gouvernement maintient la suspension du mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe. De l’autre, la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) relève son taux directeur pour contenir les tensions inflationnistes.
« Le moment n’est pas venu d’augmenter le prix des carburants », explique le ministre de l’Économie et des Finances, Hery Ramiarison. Pour lui, une hausse des prix à la pompe dans le contexte actuel risquerait d’alimenter davantage l’inflation et d’accentuer la pression sur les ménages.
La mise en place du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants figure pourtant parmi les conditions préalables évoquées dans le cadre des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) sur la facilité élargie de crédit (FEC) et la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Le ministre affirme que Madagascar a respecté la majorité des repères structurels demandés, mais estime que l’application de cette mesure doit tenir compte de la conjoncture. « Madagascar ne peut pas affronter une crise sociale », soutient-il. La Présidence de la Refondation a ainsi décidé de maintenir les prix à la pompe à leur niveau actuel, le mécanisme d’ajustement restant suspendu.
Le taux directeur relevé à 12,50 %
Parallèlement, la banque centrale se voit également l’obligation d’agir sur l’inflation. Le Comité monétaire de la BFM a décidé, le 4 août, de relever le taux directeur de 12 % à 12,50 %. Cette décision vise à freiner les tensions sur les prix et à ramener progressivement l’inflation vers l’objectif de moyen terme fixé à 5 %. D’après les explications de l’institution, l’inflation est repartie à la hausse pour atteindre 8,6 % en juin 2026, contre 6,8 % à fin mars, après plusieurs mois de ralentissement. Cette accélération est notamment liée aux tensions internationales et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Mais cette politique monétaire restrictive pourrait avoir un impact sur la dynamique économique actuelle. Le ministre des Finances souligne en effet que le crédit à l’économie a connu une progression, notamment les financements à moyen et long terme, favorisée entre autres par la suppression de la TVA sur les crédits. Il précise alors que l’impact de cette décision est donc à surveiller.
Un équilibre difficile
Concernant la poursuite de la FEC et de la FRD, Hery Ramiarison se veut rassurant. Il souligne que les discussions se poursuivent avec le FMI, avec une nouvelle réunion prévue fin août. Les autorités malgaches mettent notamment en avant l’amélioration des recettes fiscales, grâce entre autres au renforcement de la lutte contre la corruption. Selon le ministre, les rentrées fiscales du premier semestre ont doublé par rapport à l’année précédente qui s’élevaient à 13 milliards d’ariary.
Pour le gouvernement, l’enjeu est donc de préserver les recettes publiques et la stabilité économique tout en évitant un choc social. « Ce qui se passe actuellement en Iran constitue un choc. Il faut prendre le temps de s’y ajuster et, si cela dure, de s’y adapter », poursuit le ministre.
Tolotra Andrianalizah


