Alors que ses déplacements régionaux prennent de l’ampleur et que les spéculations sur ses ambitions futures persistent, Michael Randrianirina a reconnu bénéficier du soutien de donateurs étrangers. Une révélation partielle qui intervient dans un contexte où la transparence sur les moyens de la Refondation fait l’objet de nombreuses interrogations. Retour sur des grandes lignes de son intervention télévisée dominicale.

Sept mois après son accession à la tête de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina s’est prêté à l’exercice de l’émission spéciale diffusée ce week-end. Pendant une heure, face aux journalistes Johary Ravaojanahary et Yrène Ravololoarimanga, il a répondu à une série de questions portant aussi bien sur la transition en cours que sur son entourage ou ses perspectives politiques.

Au fil des échanges, le président de la Refondation est resté fidèle à la ligne qu’il défend depuis plusieurs mois. Une constance qui transparaît notamment sur la question sensible de la dissolution des institutions, revendication portée par une partie de l’opinion. « Je ne peux prendre des décisions unilatérales », a-t-il rappelé. Pour lui, la mise en place ou non de nouvelles institutions relève du processus de concertation nationale actuellement engagé. Une position qu’il justifie par la nécessité pour Madagascar de demeurer « dans le concert des nations » et de préserver sa crédibilité sur la scène internationale.

Le colonel Michael Randrianirina a également tenu à rappeler ce qu’il considère comme le cœur de sa mission. « Je suis militaire, c’est une mission et je veux mener à bien la mission », a-t-il déclaré. Cette mission consiste, selon lui, à répondre aux revendications populaires, conduire la concertation nationale, réformer la gouvernance électorale et conduire le pays vers « des élections crédibles et acceptées par tout le monde ».

Projet politique personnel ?

Interrogé sur d’éventuelles ambitions politiques, le président de la Refondation a rejeté toute velléité de calcul personnel. Il a souligné qu’il ne dispose d’aucune formation politique et que son engagement actuel répond uniquement à la mission qui lui a été confiée. Cette affirmation intervient alors que l’association Fanilon’ny Fanavaozana an’i Madagasikara poursuit son implantation sur le territoire national. L’organisation, dont le secrétaire général adjoint de la présidence est le président d’honneur, multiplie les implantations régionales et gagne progressivement du terrain dans plusieurs localités.

Une dynamique qui nourrit les interrogations sur les perspectives politiques de l’après-Refondation. Pourtant, au cours de l’entretien, aucune question n’a été posée sur les intentions du chef de la Refondation à l’issue des 24 mois prévus pour la transition.

Les tournées présidentielles, qui se multiplient ces derniers mois à travers le pays, ont également été abordées. Face aux interrogations concernant leur financement, notamment après les distributions d’argent observées à Mahajanga et à Toliara, Michael Randrianirina a évoqué l’existence de donateurs étrangers. Le chef de la Refondation a toutefois refusé d’en révéler l’identité. Il s’est contenté d’indiquer qu’il s’agit de personnalités africaines séduites par la dimension panafricaniste de son discours. « Ces gens veulent que je mène ma mission à son terme et ils m’aident pour cela », a-t-il expliqué.

La Russie et l’entourage présidentiel

Comme lors de précédentes interventions, la question des relations avec la Russie est revenue sur la table. Là encore, le président n’a pas dévié de sa ligne habituelle, plaidant pour une ouverture de Madagascar à l’ensemble de ses partenaires internationaux, sans exclusivité.

Mais c’est surtout sur la question de son entourage que le ton s’est fait plus ferme. Interpellé sur l’influence présumée de Koufali Daya, personnage considéré par certains observateurs comme un acteur incontournable du pouvoir actuel, Michael Randrianirina a réagi avec vigueur. « Je ne reçois d’ordre de personne », a-t-il lancé, rejetant toute idée d’influence sur ses décisions. Une réponse qui fait écho aux comparaisons établies avec Mamy Ravatomanga, l’homme d’affaires proche d’Andry Rajoelina dont l’influence supposée sur l’appareil d’État avait régulièrement alimenté les débats.

Dans le même registre, le président de la Refondation a minimisé les interrogations sur la présence régulière du président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, lors de ses déplacements. Selon lui, cette participation relève d’un choix personnel du chef de la Chambre basse et ne traduit aucune alliance particulière.

Au terme de l’entretien, Michael Randrianirina aura surtout cherché à réaffirmer le cap qu’il s’est fixé depuis le début de la Refondation qui est de conduire le processus jusqu’à l’organisation d’élections qu’il souhaite consensuelles. Une ligne qu’il continue de défendre malgré les interrogations persistantes sur les soutiens qui l’entourent et sur ce que sera son rôle une fois la transition achevée.

Tolotra Andrianalizah